Sculptures de poche

Dans le cadre des sculptures de poches, la poche peut-être considérée à la fois comme un moyen de transport (voire comme un atelier secret où l’on froisse, plie, roule des matériaux du quotidien) et comme un lieu d’exposition. Lorsque je transporte une sculpture de poche d’un lieu à un autre, je ne la déplace pas en vue de l’installer dans un endroit plus approprié (une salle d’exposition par exemple) : la poche est son lieu d’exposition. Toutefois le terme d’« exposition » n’est plus vraiment approprié ici. Si exposer c’est « mettre en vue », « révéler » ou « laisser voir » un objet ou une image, les sculptures de poche ne s’exposent pas, tout au moins pas de manière traditionnelle. Cette difficulté à utiliser le terme d’« exposition » montre à quel point la notion de discrétion peut poser problème dans le cadre des arts plastiques où le regard et la visibilité sont fondamentaux. On ne peut donc pas dire qu’il s’agit d’une « ex-position ». C’est pourquoi je parlerais plutôt d’une « dis-position ». Les sculptures de poche sont effectivement des objets dont on dispose (et que l’on dispose), que l’on peut manipuler, déplacer, ranger, etc. Même lorsque je les présente dans le cadre d’une « exposition », je laisse toujours le public en « disposer » en les posant sur une table. On pourrait même dire que les sculptures de poche font partie d’un dispositif de dispositions qui implique différentes formes de monstration. Elles existent :

1/ dans les poches (mais elles peuvent être aussi posées sur une étagère, sur une table de nuit, oubliées dans un jean et passées à la machine…)

2/ dans des salles d’exposition (le plus souvent sur des tables bien que j’en dissémine également, de manière presque invisible, dans tout l’espace d’exposition)

3/ en portant ces objets avec moi au quotidien. J’ai trouvé une autre manière encore de les « utiliser » : je me suis mis à les présenter aux personnes que je rencontrais. D’abord il s’agissait d’amis, dans des soirées ou des moments de convivialité. Je sortais machinalement la sculpture et commençais à jouer avec. Puis la discussion commençait et je me mettais à parler de mon travail et des raisons qui me poussaient à faire cela. La discussion continuait ainsi et c’était souvent l’occasion de discussions sur l’art (et sur d’autres choses qui n’ont rien à voir). Très souvent je finissais par donner la sculpture en question aux personnes avec qui j’en parlais. Cette manière d’envisager la disposition de l’oeuvre m’a toujours énormément plu. Elle correspond bien à l’idée que je me fais d’une certaine forme de discrétion dans l’art de créer et de discuter. Présenter mon travail à une, dix ou cent personnes ne change rien au travail lui-même. Souvent, un interlocuteur souhaite savoir ce que l’on « fait dans la vie ». C’est parfois compliqué de s’expliquer sur le sujet lorsqu’on est plasticien… Petit à petit je me suis à avoir ces objets avec moi en permanence et à les présenter à des quasi-inconnus.

4/ j’utilise également les sculptures de poche comme outils pour réaliser des petites installations que je photographie ou que je filme.

 

 

 

 

 

 

 

Expo « Dehors » / Palais des Arts / Toulouse / 2002